Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 22:45

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L'un des romans français dont on parle beaucoup en cette rentrée et nous sommes pourtant ici en Amérique, en Californie plus précisément, dans une ville imaginaire nommée Coca quelque part entre forêt et fleuve, dans une de ces villes fabriquée et démesurée construite à coup de volonté politique et économique, de gros sous et de pressions humaines.

Bienvenue à Coca ! une sorte de Dubaï, modèle absolu du maire John Johnson dit le Boa :

"Il s'empare de la mairie en 2005. [...] Il se souvient des slogans de sa campagne [...], les articule en douce dans la nuit dorée, posté au balcon de la mairie qui est pour lui comme une passerelle qui le révèle au monde, imagine une gestuelle idoine et, galvanisé par ses propres paroles, subjugué par les promesses merveilleuses qu'il a tenues à la foule, le sang lui monte à la tête, son cœur bat à tout rompre : il va devenir celui qu'il a dit être, c'est sûr voilà ce qu'il décide. Désormais, il traite la fortune comme le gadget utile de la respectabilité et ne songe plus qu'à laisser une trace. On se souviendrait de lui, il marquerait son temps."


Toute la tension du roman est ensuite concentrée sur le grand projet da la ville : la construction d'un pont. Un pont suspendu titanesque supportant des voies d'autoroute. Un édifice qui, pour se construire, fera appel à des énergies individuelles venues d'ailleurs. Des énergies et des personnages dont Maylis de Kérangal se saisit pour nous plonger dans une véritable fresque littéraire.

 

Il y a en premier lieu le Boa, mais surgit vite derrière toute cette foule qui, le temps du chantier, tend en un "flux sonore, épais, où se mélangent rôtisseur de poulets, dentistes, psychologues, coiffeurs, pizzaiolos, prêteurs sur gages, prostituées, écrivains publics, vendeurs de tee shirt au poids etc." Tous sont là pour des raisons différentes : argent, performance technique, échapatoire d'une vie ailleurs qu'ils n'ont pas eu la force de changer...

 

Il y a Diderot, figure centrale, point d'appui du roman et du pont, chef de chantier, homme de terrain et d'expériences, "un genre de Steeve Mc Queen colossal et faisandé" ; Katherine Thoreau, là pour l'argent, mère de famille que la vie n'épargne pas ; Sache Cameron, grutier : il est mieux perché là haut ; Summer Diamontis, dame béton ; Jacob, défenseur de la terre et des hommes d'ici ; il y a aussi ces deux jeunes soudeurs à la recherche d'adrénaline qui, comme les adolescents du précédent roman de Maylis de Kérangal, Corniche Kennedy, font le just do it et se jettent depuis l'un des piliers du pont.

Documentaire époustouflant, précision du vocabulaire technique, description des étapes du projet, destins croisés, on retrouve le style de Maylis de Kerangal : de longues phrases entrelacées construites cette fois ci, non sur l'équilibre instable d'une falaise marseillaise, mais sur les méandres d'un fleuve, et plus encore d'un chantier et de ses hommes, un chantier qui nous prend, nous emmène, nous malmène, nous happe, nous engloutis, nous essouffle et rebondit là où on ne l'attend pas.

 

Interview Médiapart Maylis de Kerangal - Naissance d'un pont. 

 

Lire les premières pages en pdf ici 

 

Pour ceux qui ne l'aurait pas lu, Corniche Kennedy, son précédent roman est sorti en poche, j'avais fait un billet sur ce blog il y a de ça 2 ans : voir par .

 

Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal, ed. verticales, 2010, 316 pages, 18,90 euros.  

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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 15:17

 Un double récit, une double narration :

 

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une autofiction "en vous" , l'histoire d'une enfant, d'une jeune femme puis d'une adulte qui se construit, se cogne au monde et au moule que les adultes lui choisissent, une enfant aimée, protégée, guidée, domptée, choyée, encadrée, éduquée ;

"Vous avez besoin de vos parents, vous pouvez mourir en dormant, en avalant de travers, en mettant les doigts dans les prises, en renversant une bassine d’eau chaude, en manipulant des objets contondants, en basculant d’une fenêtre ouverte, en tombant dans une piscine, vous êtes en péril, on doit jour et nuit veiller sur vous, les accidents sont si vite arrivés, vous êtes sous la surveillance attentive de vos parents." 

 

"Vous ressemblez terriblement à votre père, on ne cesse de vous le répéter. Vous enragez, vous pensez que cette ressemblance physique ne doit pas vous empêcher, si cela s’avère nécessaire, de lui résister."


et en alternance des paragraphes documentaires
où tour à tour boucher, employé de cirque ou d'abattoir prennent la parole et nous décrivent le monde de ces animaux nourris, domestiqués, montrés, utilisés, exposés.

"Y'a pas de mystère, pour avoir de bonnes bêtes, il faut les élever toutes petites. Ça dépend un peu du bénéfice qu’on veut en tirer mais pour les faire travailler, il faut les retirer très vite de la mère et les biberonner soi même."

Domination des animaux par les hommes autant que des hommes par les hommes ?


Ces 2 récits, à priori éloignés, peu à peu, s'interpénètrent. Olivia Rosenthal brouille la limite entre humanité et animalité. Elle nous plonge dans l'histoire de la construction d'une adulte qui tente de s'affranchir pour parvenir, par l'équilibre des forces et des expériences, à cette délicate alchimie entre nécessité d'indépendance et acceptation de l'indéfectible empreinte de l'éducation.

 

"Les animaux laissés à eux-mêmes dans la nature doivent-ils être considérés comme abandonnés ou juste comme indépendants ? À moins que l’abandon ne soit la condition même de l’accession à l’indépendance."

 

""Ni les animaux, ni vous ne savez comment faire pour vous émanciper. Pourtant, il faudra bien trouver un moyen."

 

Olivia Rosenthal - Médiapart


Que font les rennes après noël ? d'Olivia Rosenthal, ed. Verticales, 2010, 214 pages, 16,90 euros.
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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 13:56

 Ils sont sales, violents, alcooliques et ils habitent Knockemstiff dans le fin fond des Etats-Unis, un bled oublié de l'Ohio. Knockemstiff  littéralement "étale les raides" existe vraiment. Au début de l'ouvrage une carte sommaire de la ville nous est donné à lire. On y voit une station service, un bar, un cimetière, une église, une épicerie et les habitations des protagonistes que nous croiserons au fil de l'enchevêtrement cruel de ces nouvelles glauques et puissantes.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/9/8/0/9782283024089.jpg

 

Des histoires d'adolescents qui s'ennuient, d'adultes qui, depuis longtemps, ont démissionné, oubliés de la réussite américaine, ils survivent ici en vase clos. Peu à peu une ville se dessine : un environnement et les relations qui lient ces hommes et ces femmes mais surtout ce lien immuable qui les enchaîne au village et les empêche de fuir et de vivre mieux ailleurs. Bien sûr tous rêvent de s'en aller mais, même ceux qui mettent leur plans à exécution et volent des pilules pour les revendre en Califormie, restent, et finalement, les gobent. 

 

A la lecture, ces personnages (un violeur de poupée ; la Fish Stick Girl, qui serait le meilleur plan de la région, si elle n'avait pas la manie de trimballer des poissons panés au fond de son sac ; un gros qui croit qu'il sort avec Nancy Sinatra...) vous collent à la peau, c'est répulsif et on a besoin de se laver les mains après chaque nouvelle. Mais on continue, on n'ose pas les abandonner, abdiquer et se dire qu'aucune lueur d'espoir n'est possible. Puis, peu à peu toute possibilité d'amélioration s'éloigne mais on découvre des humains touchants, des freaks qui, abstraction faite de l'horreur de leur existence, font parfois preuve d'un grand sens de l'analyse :

 

« Tout en le regardant, je repensais aux dernières années où je picolais. Beaucoup de gens se font des idées, ils pensent qu'il y a quelque chose de romantique ou de tragique à toucher le fond. »


Et puis il y a cette nouvelle, une des seules où des étrangers arrivent à Knockemstiff. Des étrangers qui passent, prennent et continuent leur route.

 

"L'homme s'extirpe de dérrière le volant pour s'étirer. Il a peut être la quarantaine, grand et mince, en pantalon gris bien repassé et chemise blanche. Une chainette en or autour de son cou bronzé. Il me fait penser à un de ces docteurs dans les feuilletons, la façon qu'il a de sourire et regarder autour de lui. "Alors c'est comme ça Knockemstiff ?" il dit avec un geste lent du bras. La cadillac a des plaques de Califormie." [...]

"L'homme hoche du bonnet et j'arrête de jacter, je me retourne et je vois la femme debout juste à côté de moi en train d'écrire quelques chose sur un petit carnet noir. "Ma femme est photographe, il explique. On a sillonné le pays comme ça tout l'été, à la recherche d'endroits comme celui-ci pour mettre dans son livre : assez excitant pour elle. " [...]

 

En 18 nouvelles pleines de crasse, de non-dits et d'abus, avec une écriture brute et simple Pollock  nous balade dans cette ville fantôme et donne voix à ces morts vivants à qui la vie n'a pas donné la chance de savoir que, pour s'amuser, il existe autre chose que violence, sexe, alcool et drogue.

 

Méfiez vous ! si vous les adoptez vous n'êtes pas près de les oublier et longtemps après vous penserez encore à eux.

 

Donald Ray Pollock est né en 1954 et a grandi dans le bourg de Knockemstiff, dans le sud Ohio. Il a travaillé pendant trente-sept ans comme employé dans une fabrique de papier avant de se mettre à écrire. Knockemstiff est son premier roman. En savoir un plus sur Donald Ray Pollock

 

Knockemstiff de Donald Ray Pollock, trad. de Philippe Garnier, ed Buchet-Chastel, 2010, 246 pages, 2O euros. 

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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 23:02

 

 

Flush c'est un chien
c'est le chien de la poétesse Elizabeth Barrett Browning
c'est une biographie imaginaire
c'est un texte enchanteur, léger, joyeux,

qui met de bonne humeur.

 

Le chien ne parle pas mais le monde de la bourgeaoisie anglaise de la fin du 19ème est vu par lui.

 

A la lecture on découvre un bijou : des descriptions des bouges du Londres d'alors, un morceau d'anthologie ; la période où sa maîtresse tombe amoureuse de Robert Browning, une drôlerie ; les escapades nocturnes du chien en Italie, un régal  ; et quand le chien meurt à la fin c'est très touchant et tellement humain.  

 


Ce livre a été publié par l'élégante et sobre maison d'édition Le bruit du temps  rencontrée l'année dernière au Salon du livre.

 

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus -peut-être trop ?- un article très complet  ici.

 

Flush : une biographie / Virginia Woolf traduit de l'anglais par Charles Mauron, préface de David Garnett, Le Bruit du temps, 2010, 15 euros.   

 

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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 12:24

 

http://bcm.bc.edu/wp-content/images/summer_2008/prospects.jpg

Photo volée sur Suprbo

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Recherche

Quelques pistes...

http://www.decitre.fr/gi/00/9782918619000FS.gifL'affabulateur de Jakob Wasserman


http://www.caetla.fr/local/cache-vignettes/L300xH419/arton55-0e478.jpg

Trop n'est pas assez de Uli Lust

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/3/3/6/9782916141633.jpg 

Vers la poussière de Jean-Louis Bailly


http://3.bp.blogspot.com/_UFL8005Tfhg/TE_ssZDcjWI/AAAAAAAADNM/kFfptlxc5FY/s1600/02.jpgAsterio Polyp de David Mazzuccheli

 

http://www.wartmag.com/img/2010/mai/chateau0.jpgChâteau de sable de Frederik Peeters et Pierre Oscar Lévy

 

http://www.actualitte.com/images/news/9511.jpgLittle bird de Craig Johnson

 

http://www.canardpc.com/img/news/49105/omni1-1_52719_4971_500x688.jpgOmni-visibilis de Matthieu Bonhomme et Lewis Trondheim 


http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/2/7/3512391342722.jpg

Mad men

 

http://www.deslivres.com/images/products/image/Les-aigles-puent.jpg Les aigles puent de Lutz Bassmann 


http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/1/1/9782864326113.jpgAvec Bastien de Mathieu Riboulet

 

http://www.randomhouse.com/pantheon/graphicnovels/art/corrigan_C.jpgJimmy Corrigan de Chris Ware

   

http://www.cornelius.fr/blog/images/2010/2010-08/blog-homme%20de%20mes%20reves-c1.jpgL'homme de mes rêves de Nadja


http://ecx.images-amazon.com/images/I/41CRgugPLUL._SS500_.jpgAppels téléphoniques de Roberto Bolano

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41Nwy0hMKZL._SS500_.jpgLes matinées d'Hercule de Sylvain Prudhomme

 

http://cambourakis.com/IMG/gif/couv2-sex-millenium.gif Sex for the millenium de Harod Jaffe

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/5/4/9782915018455.jpg

Brève histoire de la pêche à la mouche

de Paulus Hochgatterer 


http://www.ombres-blanches.fr/uploads/electre/photos/9782715225206.jpg Coma de Pierre Guyotat

 

http://www.becair.com/upload/files/1262707948mimi-gd.jpg  Mille Milliards de milieux

  texte de Claro, photos de Michel Denancé

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/6/8/8/9782846260886.jpgBrefs entretiens avec des hommes hideux

de David Forster Wallace

 

http://www.joannahellgren.com/couv-frances.gif

  Frances de Johanna Helgren, volume 1 et 2

 

http://www.rfi.fr/actutr/images/117/Laurent_Mauvignier_Des_Hommes_kapak_20090903.jpg Des hommes de Laurent Mauvignier

 

http://www.wartmag.com/img/2010/fev/books.jpgTrès bon hors-série BD de Books


http://www.le-tigre.net/IMG/jpg/TM_24118_apercu_001.jpg   Le tigre (la bête), nouvelle formule

 

 

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/local/cache-vignettes/L213xH300/arton2948-badbb.jpgL'écorcobaliseur de Bérangère Cournut

 

 

http://www.krinein.com/img_oc/big/5567.jpg

Carnivàle : La caravane de l'étrange (série)


http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/3/0/2/9782742787203.jpgLas Rosas de Anthony Pastor (BD)

 

http://2.bp.blogspot.com/_Nh9Rwk2iXlQ/SXb0WHlpuCI/AAAAAAAABRc/rCRy9D1jdpk/s400/couv-AlbertAngeloWEB.jpgAlbert Angelo de B. S. Johnson

 


http://www.decitre.fr/gi/93/9782844853493FS.gifLe Park de Bruce Bégout

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/6/4/9782916073460.jpgLa borneSOS77

Texte de Arno Bertina, photos de Ludovic Michaux

 

http://www.decitre.fr/gi/47/9782952208147FS.gifBrûlons tous ces punks pour l'amour des elfes

de Julien Campredon

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782917084175.jpgLe nazi et le barbier de Edgar Hilsenrath

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782234064003.jpgDans ma peau de Guillaume de Fonclare

 

http://www.sceneario.com/Couverture_bd_9782916207346.jpg Arrête d'oublier de te souvenir

de Peter Kruper (BD)

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782756017143.jpgBerlin volume 1 et 2 de Jason Lutes (BD)


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